En 1913, un gratte-ciel néo-gothique s’impose à Manhattan, dépassant tous les autres édifices en hauteur et en ambition. Son architecte, Cass Gilbert, parvient à convaincre qu’une entreprise de distribution peut investir dans un monument urbain de cette ampleur, à contre-courant des usages de l’époque.
Le bâtiment attire rapidement autant d’admirateurs que de critiques, oscillant entre prouesse technique et extravagance décorative. Sa conception, son financement et son évolution interrogent encore les spécialistes, un siècle plus tard, sur la place qu’il occupe dans l’histoire architecturale new-yorkaise.
Woolworth Building : une histoire fascinante au cœur de Manhattan
À l’adresse du 233 Broadway, dans Tribeca, le Woolworth Building incarne une ère d’audace à New York au début du XXe siècle. Commandé par Franklin Winfield Woolworth, pionnier du commerce populaire, ce gratte-ciel néogothique de 241 mètres, dessiné par Cass Gilbert, bouleverse alors l’horizon de Manhattan. Son allure inspirée des cathédrales gothiques européennes devient l’emblème d’une ville résolue à regarder toujours plus haut, à croire sans réserve dans le progrès.
Le chantier, achevé en 1913, s’impose comme un tour de force pour l’époque. Édifié sur 57 étages, équipé de 32 ascenseurs, il décroche le record du plus haut bâtiment du monde jusqu’en 1930. Les 13,5 millions de dollars investis symbolisent bien plus qu’une simple dépense : ils traduisent la volonté de Woolworth d’ancrer sa vision dans la pierre et l’acier. L’inauguration, bénie par le révérend S. Parkes Cadman, reste aujourd’hui une page marquante de l’histoire urbaine américaine.
Son surnom, la Cathédrale du Commerce, ne doit rien au hasard. Dès l’entrée, les visiteurs sont frappés par une débauche de raffinement : portes d’ascenseur Tiffany & Co., hall monumental sur trois étages, mosaïques ouvragées. Ce souci du détail, du sol au plafond, traduit l’ambition de frapper durablement les esprits. Aujourd’hui, le Woolworth Building accueille cabinets d’avocats, bureaux et une antenne de la New York University. Il demeure un repère fort du skyline, consacré par son classement au National Historic Landmark, qui le fait entrer définitivement dans la légende architecturale mondiale.
De la majesté de la façade aux secrets du sommet : ce qui rend la visite incontournable
S’approcher du Woolworth Building, c’est d’abord être saisi par l’ampleur de son ambition. Sa façade néogothique, mêlant pierre blonde et terre cuite, se dresse sur plus de 240 mètres. On y retrouve une profusion de détails sculptés : gargouilles, pinacles, arcs brisés. Ce foisonnement, rare à Manhattan, dialogue avec la Cathédrale Saint-Patrick ou le Chrysler Building, mais affirme surtout une signature unique.
La découverte commence par le grand hall, un espace sur trois niveaux qui plonge le visiteur dans une atmosphère presque solennelle. D’élégantes colonnes, des mosaïques soignées, les luminaires signés Tiffany & Co. : chaque élément veut impressionner. Les portes d’ascenseur, véritables bijoux d’artisanat, rappellent la volonté de Woolworth et de Gilbert de hisser leur projet au sommet du raffinement. Pour accéder à ces espaces, il faut aujourd’hui réserver une visite guidée ; la sécurité et la préservation des lieux imposent des restrictions strictes.
La visite, pour quelques privilégiés, peut même mener jusqu’aux étages supérieurs. Longtemps fermée, la tour attire désormais les regards avec ses appartements d’exception ; un penthouse y a récemment été affiché à 130 millions de dollars. Depuis le sommet coiffé d’un dôme gris-vert, la vue embrasse Manhattan, le Brooklyn Bridge et le One World Trade Center. En un siècle, peu de gratte-ciel auront su à ce point conjuguer exploit technique, ornementation raffinée et statut de mythe urbain. La silhouette du Woolworth Building continue de défier le ciel de New York, témoin vivant d’une époque où l’architecture était synonyme de promesse et d’audace.


